Publié par : nthierry | janvier 28, 2008

Luttons contre l’étalement urbain : quelques pistes de refléxion

L’étalement urbain, particulièrement criant dans notre région, conduit à une dégradation de l’environnement : bruit, pollution, biodiversité…nous constatons tous au quotidien la fin des paysages de nos campagnes traditionnelles. Principalement dans les espaces périurbains, la ville a définitivement envahi la campagne, détruisant ses espaces, ses terroirs, ses paysages. La nature doit s’effacer devant le béton, la tôle, le goudron et la publicité.

Plusieurs facteurs sont en cause concernant la paralysie de l’action en vue d’une gestion durable du territoire. La profusion et la complexité des lois, leur manque de suivi ou leur non application en raison de l’absence de véritables contraintes sont un premier niveau d’explication (sans parler du trop grand nombre de niveaux de décisions qui engendrent une dispersion des responsabilités : commune, département, région, Europe et traités internationaux ayant un caractére régional).

En réalité se superposent commune, intercommunalité, pays, parcs naturels régionaux et nationaux, syndicats intercommunaux, auxquels il faut ajouter les zonages définis pour des projets particuliers : espaces naturels sensibles (ENS), Natura 2000, Zone nationale d’intérêt écologique faunistique et floristique (ZNIEFF), agences de bassin, zone d’aménagement différés (ZAD), zone d’aménagement concerté (ZAC)… Bref, le mécanisme des subventions qui en découle est à la hauteur de ce labyrinthe et constitue un véritable casse-tête quand le moment du montage financier survient… les délais peuvent dépasser parfois la durée d’un mandat d’élu !

La pression urbaine s’est considérablement accentuée depuis 10 ans, consommant de plus en plus d’espaces naturels au lieu d’optimiser ceux déjà urbanisés. Les zones pavillonnaires dévorent le territoire et induisent la construction de nouvelles infrastructures ainsi que de nouvelles voies de circulation. Dans un contexte de baisse des taux bancaires, de raréfaction des terrains constructibles et d’augmentation du prix du bâti ancien, les espaces agricoles ont attisé les convoitises. Les propriétaires fonciers, en majorité agriculteurs, n’ont pas résisté à cette pression. Les outils de la planification territoriale (PLU, SCOT, directive territoriale d’aménagement…), de l’aveu même des professionnels du foncier, sont actuellement inadaptés. Combien pèsent les enjeux du développement durable face aux Projets d’Intérêt Général (demandes de rocades, de logements, de surfaces dédiées aux commerces ou à l’industrie, aux loisirs…) ?

Le travail à réaliser par les communes est considérable et hors de portée des plus petites, qui ne disposent pas d’un personnel ou d’un collège d’élus suffisamment compétents et disponibles pour élaborer un vrai projet d’aménagement durable. La tâche est alors sous-traitée à un bureau d’études dont les compétences en protection des zones naturelles sont souvent peu affirmées.

Face aux dégâts que le mode de développement actuel inflige à l’environnement et à la biodiversité, il faut adopter une attitude rationnelle et s’y tenir. Quand les élus comprendront-ils que désormais leurs rôles est de mettre en place une gestion du territoire compatible avec la nécéssité énergétique et la conservation des écosystèmes ?

Bien sûr, comme certains le pensent trop facilement, défendre cette idée ne signifie pas pour autant une interruption de tous travaux ! Au contraire, nous devons entreprendre des projets pour protéger, entretenir et réhabiliter les espaces fragiles. Les zones innondables, les terrains ou plans d’eaux sont souvent, par manque d’intérêt agricole, livrés à une urbanisation sauvage faute de mauvais rendements. La solution passe certainement par la création d’agences foncières, sur le modèle du conservatoire du littoral, dotées de moyens à la hauteur des enjeux permettant d’anticiper sur 15 à 20 ans les évolutions de la ville. De plus, lors de l’élaboration des plans et schémas locaux d’urbanisme, la limitation de l’expansion périphérique des villes, doit désormais figurer comme la priorité des priorités.

L’idée est simple : densifier de petits pôles urbains et ruraux attractifs plutôt que de laisser les zones pavillonaires s’éparpiller, cannibalisant ainsi l’espace en le bétonnant tout en obligeant la multiplications des déplacements automobiles. La question de l’étalement urbain se situe au coeur de la problématique de l’aménagement du territoire, au croisement des enjeux de protection de la nature, de la biodiversité et des paysages, et de ceux du réchauffement climatique.

Il s’agit clairement d’abandonner la traditionnelle politique de séparation des fonctions : zones résidentielles, zones économiques, zones commerciales, zones de loisirs. L’époque où le pétrole était bon marché et l’espace illimité est révolue. Nous devons réconcilier dans un même espace l’ensemble de ces activités.

Les collectivités doivent être encouragées financièrement et juridiquement dans leurs volontés d’acquérir et de requalifier des patrimoines délaissés en danger face à l’urbanisation.


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